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Galerie art contemporain

L'ivrEscq - Galerie Benyaa
L’ivrEscQ N° 09 Nov. / Déc. 2010

« A la frontière de l’art graphique et de la peinture abstraite,
Farid Benyaa nous emmène dans l’agencement
des vibrations et des tons »
 

Art contemporain - Farid Benyaa

 

L’ivrEscQ : Comment peut-on présenter Farid Benyaa?
Farid Benyaa : Un rêveur qui se réalise. Je me suis rendu compte qu’il y a effectivement des rêveurs qui ne se réalisent pas. Je me définis en tant que tel car je m’inscris dans le mouvement. Je ne suis pas passif. Je suis dans le rythme; en fait, je pense que ce qui est important c’est le premier pas quant au reste, c’est la vie qui s’en charge. Mon privilège est le partage dans les rencontres ; pour moi la communication est fondamentale. J’ai toujours su que le maillon faible de notre société est la communication. Je crois en mon for intérieur que c’est la culture par l’art et la littérature qui réinvente la civilisation de notre société.

L : De l’artiste-peintre au galeriste depuis ses années, comment vivez-vous
ce passage ?

FB : C’est la notion du vase communiquant. Tout jeune, j’ai commencé par le dessin. Je m’ennuyais sans mes crayons. J’ai fait une carrière d’architecte, c’est de là que l’encre de chine s’est révèlé à moi et l’art en découle; en fait entre l’art et l’architecture, et il n’y a jamais eu de séparation. J’ai ouvert mon cabinet d’architecte, pendant la décennie noire et c’est là que ma Galerie a été lancée pour mes oeuvres purement graphiques à croire que je voulais revoir d’où nous venons et revisiter notre patrimoine.

 

«Pour moi la communication est fondamentale. J’ai toujours su que le maillon faible de notre société est la communication, je crois, en mon for intérieur, que c’est la culture par l’art et la littérature qui réinvente notre civilisation»

 

L : Pourriez-vous nous parler de votre espace, galerie Benyaa?
FB : Mon espace est de l’art contemporain. Il fallait que je sorte de l’art graphique.
Ma Galerie a la particularité de ne présenter que mes œuvres ; étant insatiable de la création, mon premier pari était: Pourrais-je concilier mon métier d’architecte et de plasticien ? A fortiori, la passion de l’une s’est emmêlée à l’autre, conséquemment les arts-plastiques ont pris le dessus. Je suis féru aussi du verbe, l’idée m’était venue il y a cinq d’accorder les Arts et les Lettres. A cette époque, j’ai reçu dans ma galerie Maïssa Bey, et depuis les poètes et les écrivains déclament leur verve dans mon espace avec un public fidèle et enthousiaste par ce qui se réalise chez nous.

L : La caractéristique de vos réalisations artistiques est la forme géométrique. On remarque aussi que l’art graphique demeure le portrait de femmes…
FB : Je me suis toujours inscrit dans deux pôles : La rigueur de l’architecte, donc la pureté et la poésie des lignes, à croire que c’est l’équilibre entre rigueur et plasticité que je ressors. Evidemment, je reproduis des interférences, des effluves, des sons… dans leur globalité par rapport au temporel. L’œuvre abstraite, je peux la réaliser en un quart d’heure contrairement à l’œuvre graphique. J’ai réalisé ma collection en 6000 heures, avec un travail important de 12h/24h en me documentant. Je suis anthropologue par mes recherches.

L : Le havre féminin vous interpelle et vous apaise probablement...
FB : Je suis un artiste à thème ; j’ai développé plusieurs thèmes : Le désert, la Casbah, la fantasia. Cependant, le thème de la femme demeure pour moi le thème majeur. J’aime parler de la femme. Elle symbolise l’esthétique. Elle reste vecteur essentiel dans ma création. C’est aussi l’occasion de parler de ce qui définit la société. Dans ma collection, chaque portrait est un thème : thème tabou, thème de la polygamie, thème de la femme battue, thème de l’émigration…

L : Dans vos œuvres, on décèle essentiellement des femmes tatouées avec du henné qui portent le foulard…
FB : D’abord, je réalise la femme dans tous ses états, ensuite j’aime revenir sur le patrimoine par le costume et les bijoux. Je considère que l’habit est un patrimoine. Est, Ouest, Nord ou Sud de l’Algérie sont une richesse incommensurable pour le quidam que je suis. Je me suis rendu au Sud pour vérifier, c’est inouïe cette culture! En fait, je veux être témoin de mon époque ; l’habit de femme demeure notre histoire, celle de nos aïeules.

 
Peintre Farid BENYAA
 «J’aime parler de la femme. Elle symbolise l’esthétique.
Elle reste le vecteur essentiel dans ma création.
C’est aussi l’occasion de parler de ce qui définit la société»
 

L : En dehors de votre documentation sur notre culture, est-ce que vous
vous appuyez sur d’autres champs artistiques pour créer, autrement dit,
vos lectures ?

FB : Evidemment, mon autre hobby est la lecture. J’aime lire Paulo Coelho, par rapport à l’humain. Plus je vais vers l’autre, plus je me comprends. Paulo Coelho, à travers la quête de soi, nous ramène à notre dimension. J’aime ses périples! Il arrive aussi que mes lectures soient légères, histoire de me détendre, et là aussi dans ces moments de paresse ou de nonchalance, je prends notes des choses simples de la vie. Je suis toujours avec un crayon.

 

«les poètes et les écrivains déclament leur verve dans mon espace avec un public fidèle et enthousiaste par ce qui se réalise chez nous»

 

L : Vous êtes zen, jamais perturbé, comment concilier ce qui taraude de l’intérieur et ce calme émanant de vous? Est-ce que l’artiste est paisible à des moments face à ce qui l’habite ?
FB : Je suis de ceux qui positivent. Je suis partisan de la sérénité et des plaisirs quotidiens. Depuis presque un an, je pratique ma gym, et quand je termine, je reste au sol en demi lotus avec une bougie pour me sentir, car mon but est de vivre heureux. L’être humain se culpabilise face à tout, j’essaye de ne pas porter la charge du péché originel (rire) ; l’artiste a besoin de rage, de pleurs, de rire, de passion, de courroux…, je suis comme les orientalistes, conscient du plaisir et du déplaisir de l’instant… Je suis le meilleur des signes du zodiaque capricorne (rire). Sérieusement, je veux rester zen dans ma façon de réaliser mes accomplissements. J’accepte ce qui vient vers moi.

L : Il y a cette ambivalence entre les ténèbres et la lumière dans votre création, l’absent et le présent, Dieu et le vide…
FB : En fait pour ma tolérance, je m’inscris dans l’animal, l’animus, il me faut ce questionnement permanent. Les lieux me fascinent, je les ressors en dehors de l’espace, c’est le temps. Il n’y a pas de paradis en dehors de l’espace. Nous sommes des acteurs, je m’inscris dans la dynamique. Je suis au milieu du chemin entre l’infiniment petit à l’infiniment grand, le format carré, a été l’intitulé de mon exposition, et la verticale, les étoiles, le ciel, la foi, probablement.

 
Artiste Peintre Farid Benyaa 
« Les lieux me fascinent, je les ressors en dehors de l’espace,
c’est le temps. Il n’y a pas de paradis en dehors de l’espace »
 

L : Qui sont vos maîtres ?
FB: Mirò, Issiakhem, Jackson Pollock, Mohamed Khadda, et tant d’autres qui ont du génie …

L : Aujourd’hui la galerie Benyaa souffle sa dixième bougie. Quels sont vos sentiments quant à ce temps ? Et qu’a-t-il apporté comme nouvelle vision ?
FB : Exposition de sculpture, fin d’année dans ma galerie, c’est une mise en scène, c’est la première fois qu’on me voit dans la sculpture. Pendant le panafricain, je les transforme à partir de mon regard, j’ai acquis du bois, du métal, de la récupération. C’est l’artiste-plasticien qui improvise; c’est quelque chose de complètement nouveau. Le défi permanent des artistes c’est d’étonner… j’affectionne un adage particulièrement : « Hier c’est du passé, demain c’est un mystère et aujourd’hui est un cadeau ».

L : Pour cet anniversaire, outre souffler la Xème bougie, pouvez-vous nous en dire plus ?
FB : Demain m’importe peu. Il y a des galeries qui ferment, je ne me pose pas de questions pour spéculer sur demain. Ce que la vie m’a appris de précieux c’est de vivre bien son présent et j’en profite.

Nadia Sebkhi

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