L'artiste plasticien

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Algérie Galerie d'art


NASS BLADI - Galerie d'art BENYAA
Par Lahcéne HAMOUCHE
Photos : Boualem SENNIA

L’Art avec un grand A serait-il chez nous condamné à vivre en réclusion, loin de l’appréciation positive d’un regard admiratif devant tant de Beauté (remarquez le B majuscule) ? Ce questionnement qui taraude légitimement les esprits tant chagrinés par cet ostracisme de la culture qui tait pudiquement son nom trahit en fait un état de fait sciemment entretenu, si à première appréhension l’on se demande comment et pourquoi une telle galerie dédiée à l’art n’aurait pas pignon sur rue comme Didouche Mourad, Larbi Ben M’hidi ou Pasteur ?

C’est une question de moyens financiers, a rétorqué Farid Benyaa, avec la condescendance qui sied à la mesure du talent artistique du maître des céans, choisie dans les entrailles du quartier Les Sources qui, s’il reste relativement un lieu paisible et calme, n’en constitue pas moins un labyrinthe pour les forains du secteur algérois.
Voilà pourquoi l’art ne nourrit pas son homme sous les cieux nationaux.

Farid Benyaa est architecte de formation, un pur produit de l’EPAU, qui se découvrira le don d’artiste plasticien. Ce que dira de lui Rachid Akkache : « …Depuis tout jeune, il fait siennes les vertus du dessin comme autre moyen d’expression surajouté à la parole depuis que, plus aguerri, il se fait architecte. Explorateur infatigable, il parcourt les continents de l’histoire, de la géographie, de la culture et de l’humain. Au retour des premiers, il nous enivre comme il a dû l’être lui-même de ces charmes indicibles recueillis au gré de ces pérégrinations. »

Ne se suffisant nullement de l’activité débordante de son cabinet d’architecture situé dans le populeux quartier de Ain Naâdja, il eut l’idée de créer un espace pour porter à la portée du public toute l’étendue de sa créativité artistique, une galerie pour materner ses œuvres et abriter des après-midi littéraires, musicales et théâtrales. A ce propos, citons pêle-mêle des personnalités du domaine ayant honoré de leur visite la Galerie Benyaa : Nadia Sebkhi, Samira Negrouche, Malek Alloula, M’hamed Larbi, Djamel Mati, le défunt Sadek Aisset, Maïssa Bey, Naget Khadda, Halima Lamine ...    

Dans la foulée, une poétesse de Paris est attendue pour une tendre animation pour les férus de la rime apprécieront certainement ... la lyrique déclaration.
Considérée comme son espace vital le plus important sûrement après celui de sa famille, cette galerie, attirante et attrayante a plus d’un titre, répond davantage à un soucis d’espace culturel, à but non lucratif où l’animation, en sus de l’exposition permanente des œuvres de Farid Benyaa, meuble le temps qui s’égrène inexorablement et se pose en antidote au calme plat de l’environnement immédiat, puisque l’on recense une bonne quinzaine de manifestations tenues jusqu’à présent.

Pour en revenir à la palette propre à l’aspect créatif de l’auteur qui nous intéresse, Farid Benyaa se définit sommairement, modestie oblige, architecte-artiste, décoration qui fait mariner son art dans la création de globalité, à cheval simultanément sur trois étapes qui évoluent : le figuratif, témoin d’un patrimoine, le symbolique, décrivant la décennie noire, vécue douloureusement, le choix de société où le thème de la femme algérienne a prédominé avec comme sources référentielles el costume et le bijou ; les caractéristiques existentielles liées à proprement parler à la société algérienne (polygamie, virginité, enfance cadenassée, femme battue…).
Ceci est pour éviter de tomber dans le négativisme rabat-joie, on met en évidence la fête et ce qui va avec (joie, liesse, bonheur…).
Et enfin, le troisième et dernier volet de la trilogie propre à l’artiste Benyaa, l’abstraction qui consiste à essayer de se détacher des autres faits, à travers le prisme et la perception d’œil d’anthropologue, nécessitant de fait un travail de recherche avec le recours à l’appel à l’inconscient, par l’utilisation des couleurs dites primaires, le rouge, le jaune, le noir et le blanc : « Je cherche l’émotion dans la forme en associant le retour de l’architecte. », tient-il à nuancer ses propos.
Dans ses entreprises artistiques, Farid Benyaa laisse transparaître une volonté de mise en scène en ponctuant son effort vers la globalité qui assure l’interférence entre les œuvres, les objets et la lumière : « Ma galerie, à tendance contemporaine, a en point de mire la conciliation du patrimoine et de l’universel, puisque l’art est par définition universel qu’il importe de rattacher à nos spécificités locales, étant donné que ma première préoccupation reste l’atmosphère où le sens est convoqué : l’œil, le toucher, l’ouie (musique), l’odorat… »

A coup sûr que la galerie d’art Benyaa vaut bien un pèlerinage…

 

L’artiste tel qu’il se conçoit
à travers ses œuvres.

Nass Bladi Farid - Benyaa

Source profonde d’inspiration pour Farid Benyaa, le patrimoine,
cet héritage infiniment légué, de Batna à Tlemcen,
les moments historiques sont des repères identitaires uniques.

Farid Benyaa, qui considère que l’abstraction mieux que quiconque, sait donner la parole à l’inconscient, en laissant voguer sa rêverie insolente, a amarrer à divers ports sa merveilleuse palette d’œuvres majeures auxquelles le regard ne serait garder une attitude détachée et placide. De la femme il décline respect et beauté à son égard. La Chiouia, aujourd’hui départie de ses parures qui reste investie de cette étrange beauté faite de simplicité et de naturel, la Targuia installée sous la tente, sur un tapis accordant son imzad tout en entretenant la mémoire de sa communauté, la Kabyle radieuse dont les champs d’allégresse s’entendront de loin en perpétuant une tradition ancestrale, l’Auréssienne la Féconde.
Bref, des portraits de femmes qui exhalent tous les parfums de nos régions.
Les Médina… ah, les médinates ! La Casbah d’Alger, unique et exceptionnelle, disposant du monopole de la précision architecturale et de la tradition séculaire, Ghardaïa où la musique du Baroud a résisté à l’agression du temps et profondément enracinée dans le terroir, Ouargla avec ses musiciens, sorte de troubadours, déambulent dans les rues, accompagnés d’une nuées d’enfants enchantés par k’ambiance spontanée, provoquée par cette musique saccadée typique du Karkabou ; les Aurès, ce passage qui est une déchirure étroite, qu’on disait faite de main d’homme dans une énorme muraille de rochers de trois à quatre cents pieds d’élévation. Et Adrar ? Cette oasis, ce miracle de l’homme dans la maîtrise de la nature, la région d’une sage et intelligente agriculture qui favorise une ancestrale technique d’irrigation : les foggaras ! Constantine la « Perle du Rummel », bâtie sur un plateau rocheux trapézoïdal, limité par des ravins profonds.
Source profonde d’inspiration pour Farid Benyaa, le patrimoine, cet héritage infiniment légué. D’Alger à Djanet, de Batna à Tlemcen, les moments historiques sont des reperes identitaires uniques. Comment ne pas s’extasier des ruines romaines de Tipasa, Djemila, Timgad, Santa Cruz à Oran, Djamaa el Berrani de la Casbah d’Alger, ou le minaret du M’zab ? Autre création subliminée par dieu et par les hommes, le cheval : célébré par les poètes, dompté par les rois et les princes, représenté par les peintres : « Dieu prit une poignée de vent et en fi un cheval ». Il est majestueusement peint par notre artiste dont la touche dénote d’une passion contagieuse entretenue à l’endroit de la plus noble conquête de l’homme.

L.H.

Farid Benyaa sur Nass Bladi

CITATION

Moussa-Ag-Amastan disait : « Dâssine, on assure que je suis courageux et que tu es belle, et le courage et la beauté se sont toujours bien entendus.
Alors, unissons mon courage et ta beauté. Je voudrais, Ô Dâssine, avoir tous les bras du palmier pour te bercer ».
Et moi Dâssine, je dis : Ô Moussa, comme notre écriture targui tourne du nom qu’on aime et qu’on place au centre d’un feuillet, pour lui faire honneur.

Moi Dâssine, et toutes les Dâssine que je suis, tournons autour de toi dans mes veilles, dans mon sommeil, dans mon rire, des mes larmes, dans mes paroles et jusque dans mon silence. C’est à la grande loi d’amour qu’obéissent les hommes, les bêtes et les choses, dans un même tourbillon de sable ».
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