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PME Magazine
15 juillet 2007
«La multiplicité des galeries d’art doit être encouragée par les pouvoirs publics»
Entretien avec Farid BENYAA, architecte et artiste
 
Peinture algérienne par Farid BENYAA
Farid BENYAA architecte et artiste plasticien

Architecte de formation, passionné de la Casbah, qu’il immortalisa dans différentes illustrations à l’encre de chine, Farid Benyaa a toujours évolué dans une notion de vases communicants entre l’architecture (mère des arts) et les arts plastiques.

Après avoir pratiqué son métier d’architecte pendant plusieurs années à l’ÉTAU puis au BEREP, il réalise en 1993 une exposition à l’hôtel El-Djazair intitulée « Art et Architecture », voulant ainsi démontrer qu’il n’y a pas de cloisonnement entre les deux arts.

C’est en 2000 qu’il inaugure sa galerie d’art « la galerie BENYAA », sise au 4, Rue de Picardie – les castors à Bir Mourad Rais - Alger. Il précise cependant que la particularité de sa galerie est d’exposer ses propres oeuvres, n’ayant pas une âme d’un galeriste. Cependant, son espace qui se veut être un lieu de rencontre et de débat, une passerelle entre les différents arts, où artistes et public se découvrent, s’ouvre à d’autres activités culturelles telles que la littérature, la poésie, la musique et le théâtre. 

PME magazine :
Ouvrir une galerie d’art signifie-t-il que l’art est un secteur porteur ?
F. BENYAA :
Franchement je ne pense pas qu’aujourd’hui nous puissions parler de l’art comme étant un secteur porteur. Il y a encore un long chemin à parcourir. La motivation essentielle des galeristes reste la passion de l’art. Le reste c’est de l’équilibrisme. Le marché de l’art demande du temps à se mettre en place, ce qui est normal pour un pays qui sort à peine d’une décennie sanglante. Il est lié aussi au pouvoir d’achat, à l’évolution des mentalités et au niveau culturel général du pays. Il suffit de voir les artistes qui dans leur grande majorité souffrent et ont de vraies difficultés à joindre les deux bouts. Ceci dit, la situation n’est pas dramatique. Nous pouvons constater ces dernières années des indices encourageants pour l’avenir. Il y a de plus en plus d’artistes plasticiens, d’écrivains, de poètes, de musiciens et de comédiens qui créent. Un marché de l’art se met tout doucement en place et la famille des amateurs d’art s’agrandit de jour en jour. Je pense que se sont ces indices, parfois imperceptibles, qui encouragent les amoureux de l’art à ouvrir des espaces d’art. Ils sont conscients que leurs investissements porteront leurs fruits à long terme.

Peintures algériennes - Galerie Farid BENYAA
Galerie d'art Farid BENYAA

Une galerie d’art a pour vocation d’être un lieu de découverte et de plaisir. Comment expliquez-vous que certaines galeries sont dans l’obligattion de fermer leurs portes ? 
Dans notre pays le concept de galerie d’art est totalement nouveau. Pendant plusieurs décennies, elles se comptaient sur les doigts d’une main. Dieu merci, ces dernières années plusieurs galeries ont ouvert leurs portes et en particulier dans la capitale. Je suis toujours particulièrement ravi de découvrir qu’un nouvel espace vient d’être créé pour enrichir le champ culturel existant. Il est évident que chaque nouvelle galerie fait le bonheur des artistes et du grand public. La liberté n’est elle pas dans le pouvoir de choisir? La multiplicité des galeries d’art doit être encouragée par les pouvoirs publics. C’est le meilleur moyen de briser les monopoles et de permettre ainsi aux plasticiens d’être accueillis dans des espaces aux diverses tendances artistiques. Il est vrai que les galeries d’art ont pour vocation d’être un lieu de découverte et de plaisir. Mais chacune s’inscrit dans son propre monde, suspendu, fragile et changeant, et le risque de péricliter est toujours possible. 

Aujourd’hui, l’art passe du registre élitiste à celui de populaire, une évolution qui ne semble pas trouver son articulation en Algérie. Comment expliquez-vous un tel manque d’engouement de la part des citoyens ?
Ce constat a plusieurs explications. En premier lieu l’art coûte cher, il est hors de portée du citoyen moyen. La cherté de la vie et la faiblesse des salaires ont fait que les Algériens ont d’autres priorités que celle d’acquérir des oeuvres d’art. Mais le faible pouvoir d’achat n’explique pas tout. Le niveau culturel du citoyen est très bas. L’école ne s’est jamais investie dans l’éducation esthétique et artistique de nos enfants. L’art doit donc être introduit dans les programmes scolaires. Il n’est pas seulement un divertissement, une évasion, il est aussi un instrument d’éducation et de formation civile. L’art c’est la vie. Par ailleurs, malgré quelques efforts perçus ces dernières années, les medias doivent s’investir davantage dans l’information sur les manifestations culturelles. Le citoyen se plaint de ne pas être suffisamment informé de la vie artistique. Il est vital que l’information sous toutes ses formes descende dans la rue. 

Peinture Algérie - Galerie BENYAA 
Peinture contemporaine algérienne

Internet a donné naissance à une nouvelle variante de la galerie d’art traditionnelle. Il dématérialise l’oeuvre exposée. Quelles pourraient en être les conséquences?
Internet est une bénédiction pour le monde des arts. Il permet aux habitants des zones les plus reculées de la planète de découvrir ce qui se pratique ailleurs. Nous pouvons à tout instant visiter n’importe quelle galerie d’art ou musée, qu’il fusse prestigieux ou pas. L’accès à l’information culturelle est immédiat. Les galeristes, les plasticiens et le grand public peuvent voyager et surfer d’un site à un autre. Il est vrai que le virtuel ne remplacera jamais le vécu de l’espace galerie qui permet de percevoir aussi les oeuvres par le toucher. Internet permet à tout plasticien de se faire connaître et de communiquer avec des artistes des pays les plus lointains. L’art devient universel. Internet est d’autant plus important dans notre pays qu’il n’y a pas de tradition à visiter les espaces culturels. Aujourd’hui Internet est vulgarisé. Il est un outil d’ouverture, d’information et de communication exceptionnel. Les arts plastiques bénéficient de cet atout majeur. 

Ouvrir une galerie d’art c’est possible, que faut-il pour réaliser sa vocation de galeriste ?
La première qualité pour devenir galeriste c’est la passion de l’art. Le décret du ministère de la Culture qui exige que tout galeriste doive être issu de l’école des beaux arts est déraisonnable. Dans le domaine de l’art en particulier, l’amour de cette activité l’emporte sur le diplôme. Nous savons que comme dans beaucoup de filières chez nous, bien des étudiants se retrouvent contre leur gré à l’école des beaux arts. Ce critère n’est donc pas crédible. Par ailleurs, il est surprenant que dans un pays comme le nôtre où la culture doit être encouragée sous toutes ses formes, il y a au contraire des lois qui la répriment. Bien sûr qu’il faudra un jour ou l’autre réglementer les galeries d’art selon de vrais critères de qualités. Mais cela doit se réaliser quand elles se compteront par dizaines, par centaines à travers le pays. Certainement pas aujourd’hui alors qu’elles représentent une poignée insignifiante par rapport aux nécessites de la mise en valeur de notre culture et comparées au nombre de galeries d’art qui existent chez les pays voisins. Le décret du ministère de la Culture pénalise aujourd’hui moins les galeristes que les artistes plasticiens et le public. Il rétrécie le champ de notre paysage culturel. Il préserve les monopoles et empêche les artistes d’avoir une chance de trouver des espaces d’exposit tion. Il me semble que dans le domaine des arts, c’est au public, qui est d’ailleurs toujours ravi de découvrir un nouvel espace culturel, de pénaliser ou d’encourager un espace en fonction de la qualité de ses expositions. Le temps est là aussi pour séparer le bon grain de l’ivraie. 

Propos recueillis par H. Si Hassen
PME-Magazine N° 48 - Du 15 juillet au 15 août 2007

 

 

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